Lorsqu’on parle d’économie d’énergie en MMA, on pense généralement à ne pas gaspiller son énergie.
C’est effectivement important.
Il faut éviter les mouvements inutiles, relâcher les muscles, utiliser les différents leviers, contrôler sa respiration, choisir ses attaques et profiter des moments où il est possible de récupérer. En d’autres mots, on vise l’éfficacité. Un combattant qui dépense son énergie inutilement risque de se retrouver en difficulté lorsque le combat devient plus long.
Mais il existe un autre aspect de l’économie d’énergie dont on parle beaucoup moins.
Il faut aussi savoir dépenser son énergie.
Économiser son énergie ne veut pas dire essayer de terminer le combat avec le plus d’énergie possible.
Économiser n’est pas ne rien dépenser
Imaginez deux combattants qui terminent un combat de trois rounds.
Le premier est complètement épuisé. Il a donné tout ce qu’il avait. Il a utilisé son énergie pour maintenir la pression, défendre, attaquer et chercher à terminer le combat.
Le deuxième termine le combat avec beaucoup d’énergie en réserve. Il a très peu pris de risques, a beaucoup bougé et a principalement attendu les opportunités.
Lequel des deux a le mieux géré son énergie?
La réponse n’est pas nécessairement le deuxième.
L’objectif n’est pas de conserver le maximum d’énergie.
L’objectif est d’optimiser l’économie d’énergie en MMA, en utilisant la bonne quantité d’énergie au bon moment.
Un combattant peut être très économique dans ses mouvements et tout de même avoir une énorme dépense énergétique lorsqu’une opportunité se présente.
L’économie d’énergie permet justement de conserver suffisamment de ressources pour pouvoir les dépenser lorsque cela devient nécessaire.
L’énergie doit produire quelque chose
Chaque action possède un coût énergétique.
Un déplacement, une frappe, une esquive, un changement de niveau, un takedown, une lutte contre la cage ou une tentative de soumission demande de l’énergie.
La question n’est donc pas seulement :
« Est-ce que je dépense trop d’énergie? »
Il faut aussi se demander :
« Qu’est-ce que j’obtiens en échange de cette dépense d’énergie? »
Une frappe qui ne touche pas, ne fait pas réagir l’adversaire et ne permet pas de créer une nouvelle situation peut représenter une mauvaise dépense d’énergie.
À l’inverse, une combinaison qui force l’adversaire à se déplacer, qui crée une ouverture et qui permet ensuite d’attaquer peut représenter une excellente dépense d’énergie.
L’énergie dépensée doit avoir une intention.
Dépenser pour créer
Un bon combattant ne dépense pas seulement son énergie pour attaquer.
Il peut dépenser de l’énergie pour créer une réaction.
Une feinte demande de l’énergie.
Un déplacement demande de l’énergie.
Une pression vers l’avant demande de l’énergie.
Mais si cette dépense provoque une réaction prévisible chez l’adversaire, elle peut devenir rentable.
Par exemple, avancer constamment vers un adversaire peut être très énergivore.
Mais avancer suffisamment pour le faire reculer, puis arrêter la pression au bon moment peut permettre de récupérer de l’information.
Comment réagit-il?
Est-ce qu’il recule en ligne droite?
Est-ce qu’il change de garde?
Est-ce qu’il cherche le takedown?
Est-ce qu’il contre immédiatement?
La dépense d’énergie devient alors une façon de collecter de l’information.
Dépenser pour imposer
Il y a aussi des moments où il faut accepter de dépenser beaucoup d’énergie.
Une opportunité de takedown.
Une sortie de position.
Une tentative de soumission.
Une combinaison.
Une attaque contre la cage.
Une tentative de finir le combat.
Dans ces situations, vouloir absolument économiser son énergie peut devenir un problème.
Si vous avez une bonne position et que votre adversaire est déséquilibré, ce n’est peut-être pas le moment de penser :
« Je dois économiser mon énergie. »
C’est peut-être le moment de penser :
« C’est maintenant que je dois la dépenser. »
L’énergie économisée pendant les moments moins importants sert justement à pouvoir accélérer lorsque l’opportunité apparaît.
Le problème de la dépense constante
Un combattant peut également avoir une mauvaise gestion de son énergie en essayant de rester actif en permanence.
Frapper constamment.
Bouger constamment.
Faire constamment des feintes.
Mettre constamment de la pression.
Défendre avec trop de tension.
Même si chacune de ces actions est techniquement correcte, leur accumulation peut devenir extrêmement coûteuse.
Le problème n’est pas nécessairement une action en particulier.

C’est l’absence de variation dans la dépense énergétique.
Un combat n’est pas toujours à haute intensité.
Il y a des moments pour accélérer.
Des moments pour ralentir.
Des moments pour travailler.
Des moments pour récupérer.
Des moments pour observer.
Des moments pour exploser.
Le combattant doit être capable d’ajuster sa dépense énergétique en fonction de la situation.
La récupération fait partie du combat
Économiser son énergie ne signifie donc pas être passif.
Il existe des positions où l’on peut récupérer sans nécessairement arrêter de combattre.
Le clinch.
Le contrôle contre la cage.
Certaines positions au sol.
Une bonne gestion de la distance.
Une position où l’adversaire représente peu de danger.
Ces moments permettent de diminuer la dépense énergétique tout en continuant à contrôler la situation.
C’est une forme de récupération active.
Un combattant expérimenté ne cherche pas seulement à être efficace lorsqu’il attaque.
Il cherche aussi à trouver des situations où il peut récupérer pendant que l’adversaire doit continuer à travailler.
Faire travailler l’adversaire
L’économie d’énergie devient encore plus intéressante lorsqu’on la regarde des deux côtés.
Il ne s’agit pas seulement de conserver sa propre énergie.
Il est également possible de faire dépenser de l’énergie à l’adversaire.
Un bon positionnement peut obliger l’adversaire à pousser.
Une bonne gestion de la distance peut l’obliger à avancer.
Une pression constante peut le forcer à défendre.
Un contrôle contre la cage peut lui demander beaucoup d’efforts pour sortir.
Une défense efficace peut provoquer des attaques répétées qui coûtent de l’énergie à l’adversaire.
On peut donc chercher à créer une différence entre l’énergie que l’on dépense et celle que l’adversaire est obligé de dépenser.
C’est ici que l’économie d’énergie devient une véritable stratégie.
Le surplus d’énergie à la fin du combat
Il y a cependant une idée importante à comprendre.
Si le combat se termine après trois rounds et qu’il reste énormément d’énergie au combattant, cela ne signifie pas automatiquement qu’il a parfaitement géré son énergie.
Il est possible qu’il ait simplement été trop conservateur.
Imaginez que vous avez une réserve d’énergie pour un combat de quinze minutes.
Si vous utilisez seulement une petite partie de cette réserve, vous aurez probablement beaucoup d’énergie à la fin.
Mais cette énergie restante ne vous donne aucun avantage une fois que le combat est terminé.
Une énergie qui n’a jamais été utilisée n’a aucune influence sur le résultat du combat.
Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut se vider complètement à chaque combat.
Il faut conserver suffisamment d’énergie pour pouvoir continuer à performer jusqu’à la fin.
Mais il faut également être capable de dépenser une quantité importante d’énergie lorsque cela peut changer le combat.
L’objectif : arriver à la fin avec ce qu’il faut
La bonne question n’est donc pas :
« Comment puis-je avoir le plus d’énergie possible à la fin du combat? »
La question devrait plutôt être :
« Quelle quantité d’énergie dois-je avoir à chaque moment du combat pour pouvoir faire ce que je veux faire? »
Au début du combat, il peut être important de rester relativement économique afin d’observer et d’analyser.
Lorsque l’on comprend mieux les réactions de l’adversaire, on peut commencer à augmenter la pression.
Lorsqu’une opportunité apparaît, on peut alors dépenser beaucoup d’énergie pour obtenir un résultat.
Après cette séquence, on peut revenir à une phase plus économique.
Le niveau de dépense doit constamment s’adapter à la situation.
L’économie d’énergie est une question d’efficacité
Finalement, l’économie d’énergie n’est pas simplement une question de faire moins.
C’est une question de faire mieux.
Moins de mouvements inutiles.
Moins de tension inutile.
Moins de force contre de la force.
Moins d’attaques sans objectif.
Mais également :
Plus de pression lorsqu’elle est nécessaire.
Plus d’explosivité lorsqu’une opportunité apparaît.
Plus d’engagement lorsqu’une technique doit être exécutée.
Plus de dépense énergétique lorsque le résultat potentiel en vaut la peine.
Un combattant efficace ne cherche donc pas à économiser toute son énergie.
Il cherche à économiser son énergie pour pouvoir la dépenser au bon moment.
Et lorsque le combat se termine, le but n’est pas nécessairement d’avoir encore énormément d’énergie en réserve.
Le but est d’avoir utilisé suffisamment d’énergie pour avoir maximisé ses chances de gagner.
*Économiser son énergie, c’est savoir quand ne pas la dépenser.
Mais c’est aussi savoir quand il faut tout donner.

